L'histoire à la base est plutôt simple, Chris Kelvin, interprété par un George Clooney merveilleux, est envoyé sur Solaris afin de faire revenir les astronautes présents, qui subissent de sérieux troubles psychologiques. Concrètement, ils ont chacun un "visiteur" qui vient dans la navette. Et Chris n'échappera pas à la règle... En effet, il aura la visite de sa femme Rheya qui s'est suicidée des années auparavant. Une question se pose alors : ces visiteurs sont-ils humains? Le film fera bien plus que de répondre à cette simple interrogation...
En effet, Solaris est un film au sens multiples et à la psychologie très complexe, mais en tous points brillante! Tout d'abord demandons nous pourquoi ces visiteurs apparaissent. Il est clair que ces visiteurs sont le produit de Solaris, donc que Solaris elle-même est la clé du film. Dans le cas de Chris, Solaris lui offre de revivre avec sa femme qui s'est suicidée. Solaris apparaît alors comme exaltant la volonté des sujets qui s'en approche. La volonté de retrouver sa femme, mais également les sentiments, la sensation d'aimer à nouveau. Mais alors se pose la question de la prédestination des actes. Effectivement, le même scénario se reproduit sur Terre et sur Solaris, Rheya se suicide à nouveau, car cette dernière a compris qu'elle n'est en réalité pas Rheya, puisqu'elle ne se rapelle de rien ou presque, elle n'est que l'image de Rheya que Chris a gardé. L'image d'un physique et d'un destin tragique, le suicide, qui se reproduit à nouveau. Ainsi, Solaris ne serait donc qu'un leurre qui n'offrirait finalement que ce que l'on souhaite, même si cela est purement impossible? Je répondrai oui et non. Oui, car Solaris n'offre qu'une image du visiteur que vous souhaitez le plus au monde. Et non, car au second suicide de Rheya, cette dernière ressuscite.
On peut alors se demander si Solaris est une sorte de paradis, évidemment pas sur Terre, mais un paradis tout de même. Cependant, le choix se pose éternellement pour Chris : rester à Solaris avec ce qu'il croit être sa femme ou partir, revenir sur Terre avec elle. C'est alors que la science et son rationalisme désolant vient imposer une barrière à Chris. En effet, Gordon, une des scientifiques refuse catégoriquement que Chris ramène son visiteur sur Terre.
Finalement, Chris s'imagine rentrer sur Terre, retrouver son quotidien, sa solitude. Soderbergh nous offre alors un parallèle brillant entre ces scènes où Chris est seul, et les mêmes vues précédemment, où il était avec sa femme, alors encore en vie. Il choisit finalement de rester sur Solaris. Alors que le vaisseau est englouti par la planète, Il chancelle, agonise. Il se produit un évènement alors très significatif : un enfant lui tend la main (voir photo). Cet enfant est le fils de l'un des scientifiques qui s'est suicidé à bord du vaisseau, enfin il est son visiteur. Je dis que cet évènement est très important car la raison du suicide de Rheya est justement un enfant. En effet, elle a avorté sans le dire à Chris, qui l'a évidemment mal pris. Chris est parti un moment, et c'est en revenant qu'il a trouvé sa femme gisant sans vie. Une fois encore, Solaris apporte à Chris ce qu'il voulait, un enfant.
"Et la mort n'aura pas d'empire"
La fin de Solaris vient illustrer cet phrase issue d'un poème de Dylan Thomas et citée plusieurs fois dans le film. En effet, la fin montre Chris dans son appartement, en train de cuisiner. Il se coupe, comme au début du film. Seulement cette fois, sa blessure disparaît instantanément, comme une résurrection. De plus, une photo de Rheya est accrochée sur le frigo, ce qui n'était pas le cas avant, comme pour montrer qu'il y a plus de vie dans cet appartement. Mieux, Rheya elle-même est là, aux côtés de Chris. Les deux époux se retrouvent enfin, se serrent l'un contre l'autre, et un fondu nous amène sur un gros plan de Solaris, puis la caméra s'éloigne dans l'immensité de l'espace... Ce dernier plan vient brillamment illustré la phrase de Dylan Thomas ("Et la mort n'aura pas d'empire"), la planète Solaris en est la preuve.
- Elle a peut-être besoin de voir un psy.
- Comme nous tous.
Chris a parlé à Rheya chez un ami à lui (celui qui se suicidera dans le vaisseau). En allant la voir, il dit à son ami qu'elle a peut-être besoin de voir un psy, ce dernier lui répond comme nous tous. Et donc si toute cette interprétation n'était qu'un pur produit de mon imagination? Et si Solaris était finalement un film bien plus simple qu'il n'y paraît? Solaris n'est peut-être finalement que l'étude psychologique de l'espèce humaine, qui est confrontée à l'amour, la haine, la peur et bien sûr la mort. Je pense qu'il est dur de le savoir, mais si c'est le cas, il faut dire que Soderbergh a su envelopper son histoire alors banale mais brillante d'un esthétisme magistral.
Il convient de parler de l'aspect esthétique du film, car il est très important et porteur de sens. Tout d'abord, il faut remarque que le design du film est très fortement inspiré de 2001 : A Space Odyssey. Mais attention, ce n'est pas une copie simple. Solaris a sa propre âme et son propre univers esthétique. Il se remarque par exemple lors des retours en arrière sur Terre, dans la tenue des personnages, la chemise col Mao étant de rigueur. Autre aspect esthétique, la couleur. Le film est majoritairement sombre, et les personnages ont souvent le visage peu éclairé. D'ailleurs, les vives couleurs de la planète Solaris créent un intéressant contraste avec le reste du film. Ajoutons que la planète Solaris n'est pas modélisée au hasard. Ces couleurs changent au long du film, elle devient plus sombre à mesure que le film sombre dans la gravité, et elle est à nouveau claire à la fin, comme un signe de renouveau et d'espoir. De plus, elle apparaît avec une structure très tortueuse et évolutive, comme l'esprit humain finalement.... Quant à la musique, elle est envoûtante et parfaitement adaptée au film
Solaris est donc un film merveilleux, complexe, qui ne peut s'apprécier au premier visionnage. Il est finalement le représentation de la relation entre les sciences et l'art. Les sciences sont présentes à travers la réflexion sur la nature des visiteurs, sur la manière de les détruire et dans l'utilisation de jargon scientifique. Je tiens à préciser que le livre se veut totalement plus scientifique (par exemple, l'histoire de la femme de Chris n'existe pas dans le livre) et ainsi très ennuyeux, peu compréhensible et d'après moi, d'un intérêt bien moindre. L'art est lui représenté dans l'esthétisme brillant du film. Quant à la relation entre les deux, sciences et art, elle prend forme dans la réflexion philosophique que le film nous offre. Je dis offre, car un film pareil et pour moi un véritable cadeau du cinéma... Et la conclusion n'en est que plus belle:
- Je suis vivant ou je suis mort?
- On n'a plus à penser en ces termes là. On est ensemble...




